Dry January : une opportunité pour renforcer la prévention des conduites addictives au travail
Un mouvement individuel qui interroge aussi le monde du travail
Chaque début d’année, le Dry January invite à faire une pause dans la consommation d’alcool. Si cette démarche se joue d’abord au niveau individuel, elle ouvre également une réflexion plus large sur la place des pratiques addictives dans le monde du travail et sur la manière dont les entreprises peuvent agir pour les prévenir. En effet, au-delà des conséquences personnelles sur la santé, les consommations d’alcool – comme d’autres pratiques addictives – peuvent avoir un impact direct sur la sécurité, la performance, la qualité des relations au travail et la santé mentale des salariés. Les organisations ont donc tout intérêt à intégrer ce sujet dans une politique globale de prévention des risques professionnels, structurée, assumée et cohérente avec leur stratégie santé, sécurité et QVCT.
Une démarche qui doit être pensée collectivement
La prévention des conduites addictives ne peut reposer uniquement sur la responsabilité individuelle. Elle doit être pensée comme une démarche collective, intégrée au pilotage de la santé au travail. Cela implique de prendre en compte les risques liés aux pratiques addictives dans le Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), d’associer les représentants du personnel, d’impliquer le service de prévention et de santé au travail et de clarifier les responsabilités de chacun, en particulier celles des managers. Cette approche globale permet d’éviter de réduire la question à un « problème de comportement » et d’envisager au contraire les consommations à risque dans leur contexte organisationnel, relationnel et humain.
Comprendre le rôle des facteurs professionnels
Certaines situations de travail peuvent en effet favoriser l’émergence ou l’aggravation de pratiques addictives. Les risques psychosociaux, la pression temporelle, l’incertitude sur les objectifs, le manque de reconnaissance, l’isolement professionnel, les horaires atypiques ou encore des environnements physiquement exigeants constituent autant de facteurs de vulnérabilité. Prévenir les conduites addictives signifie donc aussi agir sur l’organisation du travail : réguler la charge, clarifier les attentes, soutenir le management de proximité, renforcer les espaces d’échanges et proposer un accès simple et confidentiel aux ressources d’accompagnement lorsque cela est nécessaire. Une politique de prévention efficace repose ainsi sur une idée simple : améliorer le travail, c’est également améliorer la santé.
Clarifier le cadre autour de l’alcool dans l’entreprise
La question de l’alcool au travail illustre bien cet enjeu. Le Code du travail autorise certaines boissons alcoolisées, tout en encadrant leur consommation dans une logique de protection de la santé et de la sécurité. Les entreprises ont la possibilité – et souvent l’intérêt – de formaliser des règles internes claires, adaptées à leur activité, notamment lors d’événements conviviaux. Cette clarification contribue à installer une culture de responsabilité partagée : chacun comprend ce qui est autorisé, ce qui ne l’est pas et dans quel objectif. La formalisation dans le règlement intérieur permet également de sécuriser l’employeur et le management, tout en préservant la cohérence de la démarche.
Former, informer et accompagner sans stigmatiser
La formation et l’information jouent par ailleurs un rôle central dans la prévention. Les managers doivent être accompagnés pour repérer les signaux d’alerte, adopter une posture à la fois bienveillante et professionnelle et connaître leurs obligations. Les équipes doivent quant à elles disposer d’une information claire, dénuée de jugement, à la fois sur les risques et sur les ressources disponibles. Une communication structurée, confidentielle et respectueuse permet d’éviter la stigmatisation tout en donnant à chacun les moyens d’agir de manière responsable.
Savoir réagir face à une situation à risque
Lorsqu’une situation à risque survient, la priorité doit toujours rester la sécurité. Un salarié présentant un comportement inhabituel doit être mis à l’écart de toute activité dangereuse, tout en étant accompagné avec respect et dignité. Par la suite, un entretien professionnel permet de revenir sur les faits, d’identifier d’éventuels facteurs contributifs et, si nécessaire, de solliciter le médecin du travail afin d’envisager des aménagements ou un suivi adapté. Ce temps d’échange doit rester strictement professionnel, en respectant le secret médical et la vie privée.
Dry January : un levier positif pour une politique QVCT plus globale
Dans ce contexte, le Dry January peut devenir un levier utile pour ouvrir le dialogue, sensibiliser sans stigmatiser et inscrire la prévention des pratiques addictives dans une politique QVCT plus globale. Il ne s’agit pas de contrôler les comportements individuels, mais de construire un environnement de travail plus sain, plus soutenant et plus responsable, où la santé des salariés est reconnue comme un déterminant essentiel de la performance durable.
Chez Preventech Consulting, nous défendons une approche qui articule expertise en prévention des risques, compréhension fine des organisations et accompagnement humain des équipes. Prévenir les conduites addictives, c’est à la fois protéger les salariés, réduire les risques professionnels, soutenir les managers et renforcer la qualité du travail au quotidien. C’est aussi un marqueur fort de maturité sociale et managériale pour l’entreprise.
Sources
Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS)
Pratiques addictives en milieu de travail : Comprendre et prévenir – Brochure ED 6505 (2023)
Prévenir les pratiques addictives dans le cadre professionnel – Fiche ED 6500 (2022)
