Derrière les stéréotypes de « digital natives » désinvoltes, la recherche académique révèle une réalité bien plus nuancée. En s’appuyant sur les travaux de Lucile Cassé (2024, 2026), on découvre que les comportements des jeunes nés entre 1990 et 2010 sont profondément ancrés dans une anxiété structurelle liée à l’époque.
Une génération sous tension
L’anxiété n’est pas un trait de caractère des « Z », mais une réponse à un environnement perçu comme instable. Lucile Cassé, Alexis Le Blanc et Marie-Pierre Cazals (2024) soulignent que cette cohorte est la première à grandir dans un contexte de « polycrise » permanente (terrorisme, climat, crises sanitaires).
Cette incertitude, quant à leur avenir et celui du monde, se traduit par des chiffres de santé mentale préoccupants : la recherche rappelle que 70 % des 18-24 ans déclarent souffrir de troubles de l’anxiété, et 15 % d’anxiété sévère. Ce climat d’insécurité psychologique impacte directement leur capacité à se projeter durablement dans une organisation.
Le paradoxe de l’argent : Sécurité versus Valeurs
L’un des apports marquants de ces travaux est l’analyse du rapport à la rémunération. En utilisant une méthodologie mixte (questionnaires et entretiens), les chercheurs mettent en lumière un paradoxe central :
- Dans les questionnaires quantitatifs, le salaire apparaît systématiquement comme l’une des trois priorités majeures des jeunes.
- Pourtant, en entretien qualitatif, ces mêmes sujets affirment que l’argent n’est pas leur moteur principal et qu’ils cherchent avant tout du « sens ».
L’analyse de Cassé et collaborateurs montre que ce n’est pas une contradiction : pour un jeune anxieux, l’argent est perçu comme un instrument de sécurité nécessaire pour faire face à un futur imprévisible, plutôt que comme un symbole de réussite sociale.
L’influence de l’entourage et le sentiment d’injustice
Par ailleurs, il est important de rappeler que le rapport au travail n’est pas « inné » à une génération : il se construit. La recherche démontre que :
- L’influence familiale est déterminante : Le rapport au travail des jeunes est souvent le miroir de celui de leurs parents. Un jeune ayant vu ses parents souffrir au travail développera des stratégies de mise à distance pour se protéger.
- Le poids de l’injustice : Le sentiment de « non-reconnaissance » ou d’injustice est le déclencheur principal du désengagement. Plutôt que de confronter l’autorité, les jeunes privilégient des stratégies d’évitement ou de départ, ce qui nourrit le cliché d’une génération « infidèle ».
Vers une nouvelle compréhension du travail
Comme l’expliquent Cassé, Le Blanc et Cazals (2024) dans la Nouvelle revue de psychosociologie, il est risqué de traiter la Génération Z comme un bloc monolithique. Leurs comportements — recherche d’horizontalité, besoin de flexibilité, quête de sens — sont en réalité des mécanismes d’adaptation à un marché du travail devenu précaire.
Pour ces jeunes, le travail n’est plus une fin en soi mais un espace d’expérimentation où l’on cherche à construire son identité tout en protégeant sa santé mentale.
L’expertise de Preventech Consulting : Réconcilier les attentes et la réalité du travail
La prise en compte des besoins des collaborateurs, en particulier ceux de la génération Z, apparaît aujourd’hui comme un enjeu clé pour les managers. Néanmoins, seule une action concrète et durable sur les pratiques de travail permet de traiter en profondeur les conflits de socialisation qui émergent dans les organisations.
Preventech Consulting, fort de son équipe pluridisciplinaire d’experts en santé au travail, accompagne les entreprises pour adapter leurs pratiques managériales et leurs politiques de Qualité de Vie et des Conditions de Travail (QVCT) à ces enjeux.
Qu’il s’agisse de la prévention des risques psychosociaux (RPS), de la sensibilisation des managers à la santé mentale ou du développement d’un management bienveillant et équitable, nous aidons nos clients à construire des environnements où la sécurité psychologique devient un levier de fidélisation. En agissant sur le cadre de travail, nous permettons à chaque collaborateur, quelle que soit sa génération, de retrouver un lien de confiance avec l’entreprise et de donner du sens à son engagement.
Sources citées :
- Cassé, L. (2024). Les rapports au travail des jeunes de la Génération « Z ». Influences de l’entourage et conflits de socialisation. Thèse de doctorat en Psychologie, Université de Toulouse.
- Cassé, L., Blanc, A. L., & Cazals, M. (2024). Qui sont les jeunes de la « génération Z » ? Nouvelle Revue de Psychosociologie, N° 37(1), 157‑170. https://doi.org/10.3917/nrp.037.0157
- Cassé, L. (2026). Les rapports au travail des jeunes de la génération Z. Influences de l’entourage et conflits de socialisation. Bulletin de psychologie, 591(1), 67-70. https://doi.org/10.3917/bupsy.591.0067.
