Organisation du travail - Coworking in progress

 

01 Novembre2016

FLEURISSANT UN PEU partout en France, les espaces de coworking proposent une organisation nouvelle du travail qui conquiert un public de plus en plus large. Mais concrètement, que recouvre cet anglicisme? Quels bénéfices en retirent les personnes et les entreprises qui y ont recours? Et quelles questions ces espaces posent-ils en matière de santé et sécurité au travail ?

Selon une récente étude menée par Néonomade, plate-forme dédiée au travail hors les murs de l’entreprise, le nombre d’espaces de coworking est passé enn France de 140 en 2013 à 409 en 2016, alors que l’on n’en comptait que 16 en 2010. Des chiffres qui illustrent bien l’engouement que suscitent ces nouveaux lieux de travail. Mais de quoi parle-t-on précisément? Les locaux qui se pré- valent de cette appellation peuvent sembler au premier abord plutôt variés. Certains ressemblent à des cafés, d’autres investissent des appartements réaménagés, d’autres encore transforment d’anciens bâtiments commerciaux ou sites industriels…

Plus que la forme, c’est une certaine approche de l’organisation du travail qui réunit ces lieux sous la bannière du coworking: un espace mutualisé dans lequel travaillent des personnes venant d’horizons différents, possédant des compétences diverses et ouvertes au partage de leurs connaissances. On l’aura compris, le coworking ne se limite pas à une simple délocalisation de bureaux, comme le proposent d’autres types de tiers-lieux (centres d’affaires ou télé-centres). La véritable valeur ajoutée de ces établissements réside dans l’environnement de travail qu’ils proposent à leurs utilisateurs.

« En plus des pièces communes équipées de grandes tables et de canapés, des bureaux privatifs pour s’isoler et des salles de réunion, les espaces de coworking proposent des services qui participent à la convivialité et stimulent les échanges. Des conférences sur des problématiques précises ou invitant des membres à présenter leurs projets, un bar pour créer du lien autour d’un café, la mise à disposition d’un babyfoot, d’une table de ping-pong ou d’une console de jeux pour évacuer la tension, des pièces dédiées à la détente où s’autoriser une petite sieste est possible… Nous sommes là bien loin de la vie de bureau classique », explique Jacques Leïchlé, expert d’assistance-conseil à l’INRS.

Public varié, attentes diverses

Cette approche novatrice du travail poursuit un objectif de rapprochement de personnes qui ne se seraient pas rencontrées autrement, chacune apportant ses connaissances, ses savoir-faire et sa culture. Les tenants du coworking espèrent ainsi mettre en place des réseaux riches et iné- dits, favorisant l’émulation dans une ambiance propice à la création.

Des promesses alléchantes qui attirent un public de plus en plus nombreux que l’on peut classer en quatre catégories distinctes. La première est constituée d’auto-entrepreneurs et de télétravailleurs qui cherchent à sortir du relatif isolement que leur impose l’exercice de leur métier à domicile. La seconde population séduite par ces espaces de coworking est composée de jeunes entreprises qui cherchent la facilitation des échanges et le mélange des genres pour libérer leur créativité. Ces start-up peuvent en outre y trouver une bonne formule pour réduire leurs dépenses immobilières. Comme le souligne Ingrid Nappi-Choulet, professeur-chercheur à l’Essec, titulaire de la chaire Immobilier et Développement durable, « l’immobilier représente le second poste de dépenses de l’entreprise après les salaires. Il est donc essentiel pour elle de maîtriser la façon d’occuper les espaces de travail et de mieux les adapter aux utilisateurs et à l’entreprise ».  Des considérations économiques qui intéressent sans aucun doute la troisième catégorie d’usagers du coworking. En effet, des entreprises bien installées tirent parti de ces espaces pour leurs travailleurs nomades, qui se déplacent beaucoup dans le cadre de leurs missions et qui, plutôt qu’un bureau attitré dans l’entreprise, ont besoin ponctuellement d’un bureau proche de leur localisation. Enfin, la quatrième catégorie, encore minoritaire, provient également d’entreprises établies. Celles-ci détachent certaines de leurs équipes dans ces structures extérieures afin d’obtenir de leurs employés des idées innovantes à l’image des start-up qui y sont présentes. « La constitution de collectifs de travail est considérée, par le soutien social qu’elle procure, comme un facteur essentiel du bien-être au travail, affirme Vincent Grosjean, responsable d’études à l’INRS. Le coworking, lorsqu’il permet un brassage associant des travailleurs d’entreprises, voire de statuts différents, peut procurer une diversification des liens sociaux enrichissante. Mais il ne faut pas qu’il fasse disparaître les liens que les salariés entretiennent avec leurs collègues de la même entreprise, c’est-à-dire ceux avec lesquels ils partagent un certain nombre de contraintes et de spécificités sur lesquelles il est important qu’ils puissent échanger. »

SST qui est responsable?

D’autres grandes entreprises, à la recherche d’un nouveau souffle créatif, montent en interne des espaces calqués sur ces nouveaux modèles d’organisation du travail. « Qualifiés de “Corpoworking” pour Corporate Coworking, certains de ces lieux vont jusqu’à intégrer des personnes extérieures (start-up, free-lance) afin de recréer la diversité des profils que l’on trouve dans des tiers-lieux ouverts, raconte Jacques Leïchlé. Des animateurs font vivre le lieu, notamment en favorisant les échanges entre les deux populations. » La transposition des valeurs du coworking au sein d’une entreprise par ailleurs structurée classiquement pose cependant question. En effet, comment éviter que ces initiatives, qui ne concernent pas tous les salariés d’une entreprise déjà établie, ne concourent à instaurer des systèmes de travail à plusieurs vitesses, créateurs d’inégalités ellesmêmes génératrices de conflits? Le manque de recul empêche pour le moment de connaître le véritable impact de ce mélange des genres, mais à coup sûr il faudra suivre les expérimentations en cours pour pouvoir tirer des conclusions.

Les espaces de coworking en tant que tels soulèvent également des questions concernant la santé au travail. Du point de vue de l’ergonomie d’abord. « S’il paraît agréable de travailler dans un canapé, avec son ordinateur portable sur les genoux, les risques de développer une lombalgie peuvent tempérer l’enthousiasme des premiers temps », note Jacques Leïchlé. De même, lorsqu’un lieu se crée dans d’anciens locaux ou entrepôts, en fonction de l’activité du propriétaire précé- dent, les conditions d’environnement (accès à la lumière naturelle, qualité et renouvellement de l’air…) ne sont pas nécessairement adaptées pour un travail de bureau. Quand un auto-entrepreneur décide de travailler seul dans un espace partagé, il choisit ses conditions de travail et n’en impose les conséquences qu’à lui-même. En revanche, la question de la responsabilité se pose quand un employeur demande à ses salariés d’y exercer tout ou partie de leurs tâches. « Bien que ces locaux ne se trouvent pas dans son entreprise, l’employeur reste responsable de la santé et de la sécurité de ses salariés. Comme l’indique le Code du travail, il est tenu à une obligation de sécurité, affirme Jennifer Shettle, juriste et responsable du pôle information juridique à l’INRS. À lui donc de s’assurer que les espaces de coworking qu’il choisira répondent aux critères de prévention des risques professionnels. »

Une réalité que tous les employeurs n’ont pas forcément en tête lorsqu’ils décident de laisser leurs employés fréquenter ces tiers-lieux, voire de les y encourager. Une prise de conscience nécessaire, d’autant que le modèle tend à se développer rapidement. Et si l’on en croit l’étude « mon bureau de demain » menée par l’Essec auprès de ses étudiants, cette tendance pourrait bien s’accélérer encore dans les années à venir. En effet, selon elle, 93% des futurs managers ne veulent plus d’un bureau classique. 

Damien Laroque

Travail et Sécurité - Octobre 2016

 
 
 
 
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