Open space : peut-on améliorer le quotidien ?

 

01 Septembre2015

Le travail en open space peut avoir des effets délétères sur la santé des personnes. Et provoquer de la souffrance en milieu professionnel. Mais, même si cela peut paraître difficile, on peut – en travail sur certains points – améliorer le confort au quotidien.

L’open space est presque partout. Les bureaux individuels sont de plus en plus minoritaires. « Les open spaces progressent car la plupart des constructions neuves d’espaces de bureau adoptent ce modèle d’aménagement », constate Alain d’Iribarne, directeur de rechcerche au CNRS et président du conseil scientifique d’Actinéo.

Tout est une question de mesure
Les open spaces varient et ne sont pas vécus de la même manière par les collaborateurs. « Cela dépend de la taille. Une douzaine de personnes qui fonctionnent réellement comme une équipe peuvent travailler dans de bonnes conditions dans un open space, précise Alain d’Iribarne. Au-delà, si on mélange les services, les missions, les modes de travail, on risque de voir apparaître des problèmes ».
Concrètement, si l’open space est bien aménagé, il peut convenir à une équipe qui travaille de manière réellement collective autour d’un projet. « Pour les plateaux de 30, 40, voire 50 salariés, on est alors dans un environnement qui sera très problématique, souligne Marjorie Dumont-Crisolago, présidente de Preventech. Ces espaces risquent de n’être que des générateurs de migraine parce que le management a créé des aménagements sans se demander quelles influences ils pourraient avoir sur le système de relations sociales et professionnelles ».

Une usine à stress et un outil de contrôle
Les entreprises qui défendent leurs open spaces insistent sur le fait que ces plateaux augmentent sensiblement les échanges professionnels alors que nombre de recherches et enquêtes semblent dire le contraire. Ainsi, une étude allemande a montré que 80% de la communication se faisait uniquement au sein d’un petit groupe de travail réunissant entre six et huit personnes. Par ailleurs, des études américaines montrent que, dans les grands espaces, la communication augmente en quantité mais baisse en qualité. Elle donne lui à des échanges qui sont professionnellement inutiles et qui finissent par déranger les salariés. Enfin, pour de nombreux experts, il n’existe pas d’activité tertiaire qui exige, pour des raisons d’efficacité professionnelle, de regrouper 15, 20 personnes, voire plus, dans un même bureau.
Autre point négatif. Pour la sociologue du travail Danièle Linhart, du Crespa/CNRS, le contrôle visuel induit par l’open space est encore plus pesant que les difficultés de voisinage. Selon elle, dans les open spaces, les salariés travaillent de manière constante sous le hagard de leurs collègues. Or, on a tous besoin d’intimité d’isolement. Ce que confirme Marjorie Dumont Crisolago : « Dans un entreprise, il faut permettre aux collaborateurs de prendre un peu de distance par rapport à leurs missions et collègues. Dans les open spaces traditionnels, c’est impossible.

Vers une nouvelle organisation
Face à ces critiques, les entreprises sont en train de repenser leur conception des espaces de travail. « Elles se rendent compte qu’avec les grands open spaces banalisés elles ont créé des espaces qui ne correspondant pas bien aux êtres humains que nous sommes. Nous sommes tous différents, n’avons pas les mêmes goûts, sommes importunés ou non pas un son, une voix, une attitude… C’est pourquoi elles tendent à s’engager dans des nouvelles générations d’open spaces qu’avec Actinéo on a qualifié d’open spaces intelligent qui visent à remédier à ces défauts », souligne Alain d’Iribarne.
Certaines entreprises se lancent donc dans des projets de réhabilitation des espaces. « Elles cherchent à à corriger certaines erreurs, constate Vincent Grosjean, chercheur à l’INRS. Elles remettent en cause le modèle traditionnel pyramidal car elles comprennent qu’il n’est pas efficace. Elles travaillent aussi sur les collectifs en mettant en avant les valeurs plutôt que les procédures, en favorisant l’évolutivité et les processus de discussion. Elles tentent de mettre véritablement en place une réelle autonomie du collaborateur ».
Pour Marjorie Dumont-Crisolago : « Les open spaces auront eu ceci de bénéfique qu’ils auront permis par la critique suscitée de revoir l’organisation du travail. On réfléchit aujourd’hui à la possibilité de proposer d’autres modes de travail ». « Les open spaces ont permis aux sociétés de comprendre que des lieux de vie longtemps mal considérés, comme les restaurants d’entreprise, les cafétérias…, étaient vitaux pour le bien-être au travail. Ils sont des lieux d’échanges, conclue Alain d’Iribarne. Et s’ils ont déjà servi à cela, ce n’est déjà pas si mal… ».

Que dit la loi

  • Article R4542-4 à 11 du code du travail
  • Recommandations et normes NF X 35-102 « conception ergonomique des espaces de travail en bureaux » qui préconise un espace minimum de 10m2 par personne, voire 15m2 par personne si l’activité des occupants est fondé sur des communications verbales.

PAROLES DE PRESTATAIRES

Marjorie Dumont-Crisolago, présidente de Preventech
" Les open spaces ont répondu à un besoin des entreprises : optimiser l’organisation du travail sur un marché de l’immobilier de plus en plus tendu. Mais très vite, derrière cet objectif, en soi compréhensible, est apparu un véritable contrôle des collaborateurs. Les entreprises commencent à réaliser le caractère néfaste – tant du point de vue humain qu’en matière  de productivité. Elles commencent à réfléchir à de nouveaux environnements de travail, moins générateurs de mal-être. Elles tentent de réduire la taille des espaces, en les organisant service par service. Elles installent des mini open spaces pour 4 ou 6 personnes. L’entrepise crée des espaces complémentaires : salle de repos, bien-être, bulle de réunion, cocon de réfléxion, salle de sport, qui permettent de s’isoler et de se retrouver. La France est en retard par rapport au Canada, aux Etats-Unis ou à l’Australie. "

Vincent Grojean, chercheur à l’INRS
« Certains open spaces posent plus de problèmes que d’autres. C’est le cas des centres d’appels téléphoniques en raison de nuisances particulières  dues aux appels téléphoniques, au contrôle des appels entrants et sortants…Avec à la clé, une fatigue auditive, par exemple, et du stress généré par la multiplication des critères de performance mesurant l’activité des opérateurs. On est très vite confrontés ici à une politique de sur-contrôle à plus ou moins long terme ne peut être que néfaste. C’est d’ailleurs un des problèmes des open-spaces : l’ambivalence du discours que sous-tend cette organisation de l’espace de travail : « Vous êtes autonomes mais on vous surveille ». A cela s’ajoute un autre problème. La discordance entre le discours affiché vis-à-vis du client et le discours des managers vis-à-vis de leurs collaborateurs. Les salariés perçoivent alors un vrai décalage entre la réalité vécue au travail et le discours « social » de l’entreprise. Ils adoptent dès lors des stratégies de défiance, ils bâclent le travail pour atteindre des objectifs formels qui n’ont pas de sens pour eux, au détriment de la vraie satisfaction des attentes du client. Les open spaces sont en quelque sorte la matérialisation physique d’un des gros problèmes de notre époque : une rationalisation purement formelle du travail ».

3 QUESTIONS à…
Alain d’Iribarne, directeur de recherches au CNRS et président du conseil scientifique Actinéo
L’openspace a très mauvaise réputation en France. Quels types de problèmes pose-t-il ?
En France, nous sommes très attachés à notre espace. En outre, très longtemps, le bureau privé a été perçu chez nous comme un signe statutaire. L’openspace vient donc heurter et mettre à mal des préconçus fortement inscrits dans l’imaginaire des travailleurs. Par ailleurs, le bureau privé était un gage de tranquillité. Ce qui est loin d’être le cas avec les openspaces. Aujourd’hui, dans certains extrêmes, les salariés ne savent même pas quel sera leur bureau le lendemain en quittant le travail le soir. On comprend bien que cela peut poser quelques problèmes. Et c’est un euphémisme….
Les problèmes liés à l’openspace ne révèlent-ils pas autre chose du monde de l’entreprise ?
L’openspace concentre souvent sur lui tous les problèmes sociaux ou autres de l’entreprise. Les salariés en font un peu le bouc émissaire de leur mécontentement. Mais si la critique de l’openspace n’est pas infondée, il ne faut pas se tromper de cible. La remise en cause de l’openspace est souvent celle du contrôle social qu’il fabrique. C’est le lieu rêvé pour tout ce qui est ragots, cancans, rumeurs. C’est un vrai outil de contrôle social des salariés par les salariés.
Est-il possible de mettre en place des openspaces « sains » ?
Outre les aspects purement techniques et matériels de la question (aménagement des espaces, insonorisation, climatisation), il faut que le management comprenne que ce type d’espace et d’organisation du travail ne peut pas être imposé aux collaborateurs. Cela requiert de la concentration et une vraie capacité de communication.

PIC Magazine - juillet/août 2015

 
 
 
 
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