Managers en souffrance, les grands oubliés de la SST ?

 

01 Mars2018

Les managers sont des acteurs importants de la prévention des risques et sécurité au travail. Sans eux, toute politique de SST est vouée à l’échec. Or, si on les implique de plus en plus dans la SST, on oublie bien souvent qu’eux aussi peuvent souffrir au travail…

 
Alors que de plus en plus de managers disent souffrir au travail, ils regrettent que les discours et les chartes sur la qualité de vie au travail ne s’appliquent pas à eux. Ce que confirme Jean-Pierre Brun, cofondateur du cabinet Empreinte Humaine et professeur de management en santé/sécurité à l’université de Laval au Québec : «  Comme les autres salariés des entreprises, les managers sont soumis à une très nette intensification du travail. Or, dans ce contexte de travail tendu, on leur a demandé de prendre en considération des problématiques qualité de vie au travail pour lesquelles ils n’ont pas toujours été formés et qu’ils vivent souvent comme une contrainte, une surcharge de travail. Il est louable de tenter de soulager la souffrance au travail des salariés, de lutter contre les risques psychosociaux, par exemple. Mais il ne faut pas oublier que les managers sont aussi exposés à ce type d’effets délétères du travail ».
 
Mal reconnus et mal managés
 
De nombreux managers ont la sensation de ne pas être reconnus comme ils devraient l’être. Ils se sentent coupés de leur direction générale et n’en comprennent pas toujours les objectifs faute d’implication. Ils se sentent mal informés des stratégies de l’entreprise et regrettent souvent que leur direction ne leur fasse pas confiance.
En outre, un fossé se creuse entre le niveau d’études demandé pour accéder à des postes de management et l’impression d’exercer un travail de plus en plus administratif. Autre constat que regrettent certains managers : le travail de réflexion est plutôt confié à des consultants extérieurs. Par ailleurs, les cadres travaillent plus qu’avant. Les nouvelles technologies les obligent à être joignables constamment. Certains reprochent aussi à leurs supérieurs, une forme de management uniquement centrée sur la mesure de leur performance… « En confiant aux managers de nouvelles missions et objectifs comme la gestion des collectifs de travail ou de QVT, sans leur donner les moyens, les outils, et le temps nécessaires, on a malheureusement ajouté une nouvelle catégorie de gens qui souffrent au travail, regrette Jean-Pierre Brun. On a complètement oublié que si les causes de leur souffrance au travail sont différentes de celles des autres salariés, la souffrance est la même ».
 
Des conséquences pour l’entreprise
 
Epuisés, stressés, isolées, débordés… Les cadres souffrent et souvent n’osent pas le dire. Trop peu protestent. Par exemple, un cadre fait grève en moyenne 0,8 seconde par an… Et ils sont quasiment absents des syndicats protestataires. Concrètement, l’un des seuls moments où ils peuvent négocier une certaine marge de manœuvre est celui de la fixation de leurs objectifs en début d’année. Or, ils doivent souvent faire face à une charge de travail importante, gérer des injonctions paradoxales. « Une des causes du mal-être au travail des cadres et des managers est la différence qu’ils peuvent constater entre les directives de leur direction et la réalité terrain, souligne Sophie Flament, responsable Santé au Travail et QVT groupe JLO, agence de paris. En outre, on a fait des managers l’une des pierres angulaires de la santé et de la sécurité au travail. Obligation qui s’ajoute à une charge de travail importante axée davantage sur la production de reporting que sur le management des hommes, activité pourtant indispensable à la prévention… Tout cela provoque de la frustration chez la managers, voire une perte de sens ».
Par conséquent, la souffrance des managers est assez révélatrice d’une déficience dans l’organisation d’une entreprise et a directement des conséquences pour ladite entreprise. Pour se protéger, certains managers optent pour un silence stratégique. Ils font le minimum, n’approfondissent plus les dossiers, préfèrent garder leur sécurité et leur confort plutôt que d’alerter la direction sur des dysfonctionnements. Ils adoptent une certaine forme de résistance au changement qui peut nuire à l’entreprise.
 
Que faire ?
 
Si une entreprise veut résoudre ce problème, elle doit évidemment remettre en question son organisation. Tout d’abord, les politiques et autres accords sur la qualité de vie au travail doivent être centrés sur le management, car, quand les cadres se sentent épanouis dans leur travail, quand ils vont bien, leurs équipes et collaborateurs également.
Les entreprises devraient s’inquiéter de voir la santé des cadres au travail se dégrader, notamment la hausse des burn-out ou de l’absentéisme chez les cadres moyens et intermédiaires. Elles ont encore tendance à y voir des déficiences individuelles et non collectives. « Il faut plutôt se demander de quoi la souffrance au travail des managers est-elle le symptôme ?, ajoute Sophie Flament. Qu’est-ce que cette souffrance nous dit de l’organisation de l’entreprise ? Lorsque nous intervenons dans les entreprises, nous constatons qu’elles ont souvent à leur disposition des solutions préconstruites, qui ne tiennent pas compte des réalités du terrain, du vécu au travail des managers et de la perte de sens qu’ils ressentent au travail et dans leurs missions ».
 
PIC Magazine – janvier/février 2018
 
 
 
 
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