Locaux à pollution non spécifique - La qualité de l'air intérieur en question

 

01 Mars2018

19 millions de personnes travaillent dans le secteur tertiaire, dans des locaux dits à pollution non spécifique. Dans leur environnement de travail, ils peuvent être confrontés à de nombreux polluants susceptibles de dégrader la qualité de l'air intérieur. Ces expositions peuvent constituer une gêne voire un risque pour la santé des salariés. Laurence Robert et Bruno Courtois, respectivement responsable d'études et expert d'assistance conseil à l'INRS, reviennent sur les enjeux que présente la qualité de l'air intérieur et sur les moyens permettant de la préserver.

 
Que recouvre la problématique de qualité de l'air intérieur ?
 
Laurence Robert : Lorsque l'on parle de qualité de l'air intérieur (QAI), on s'intéresse à un ensemble de caractéristiques physiques, chimiques ou biologiques propres à l'air des locaux qui peuvent influer sur l'environnement de travail et le ressenti de l'occupant. La dégradation de ces caractéristiques et l'exposition à de multiples substances, à de faibles doses mais sur des temps longs, peuvent également conduire, notamment chez les personnes les plus sensibles, à un risque chronique pour la santé.
 
Bruno Courtois : La problématique de qualité de l'air intérieur concerne un grand nombre de salariés, puisqu'il y a environ 19 millions de personnes du secteur tertiaire qui travaillent notamment dans des bureaux mais également dans des locaux dans lesquels il n'y a pas d'émission particulière de produits dangereux inhérente au travail réalisé. Ces locaux sont dits à pollution non spécifique. À noter que certains d'entre eux peuvent favoriser la présence de produits altérant la QAI notamment du fait de leur conception.
 
Quels sont les sources de pollution et les différents types de polluants qui peuvent affecter la qualité de l'air intérieur ?
 
Laurence Robert : Les sources sont nombreuses. La pollution peut provenir des matériaux de construction ou de décoration, des équipements bureautiques, ainsi que des produits d'entretien utilisés. Elle peut également être liée aux équipements du bâtiment quand ils ne fonctionnement pas correctement ou sont mal entretenus : une ventilation défectueuse, par exemple. Dans certains cas, elle peut provenir de l'environnement extérieur : trafic routier dense, proximité d'une zone industrielle, de chantier ou d'une zone agricole. Enfin, l'homme et ses activités sont aussi un facteur à prendre en compte. Au vu de la diversité de ces sources, la pollution de l'air intérieur est donc multiforme. Les polluants chimiques sont essentiellement les composés organiques volatils (COV), dont la variété est très grande. Par exemple, le formaldéhyde est un composé que l'on retrouve dans tous les environnements intérieurs. On peut également retrouver des agents biologiques (virus, bactéries...) ou des particules. L'humidité relative et la température de l'air sont des composantes importantes de l'environnement intérieur à la fois en termes de perception et de confort pour l'occupant, mais aussi en tant que facteur influençant directement les émissions des matériaux. À ce titre, il est important de les prendre en compte.
 
Y a-t-il, pour certaines substances, des valeurs repères à considérer pour estimer la qualité de l'air intérieur ?
 
Bruno Courtois : Il existe, pour un certain nombre de substances chimiques, des valeurs guides de l'air intérieur (VGAI). Il s'agit de concentrations dans l'air intérieur en dessous desquelles aucun effet sanitaire ou aucune nuisance ayant un retentissement sur la santé n'est attendu pour la population générale, notamment les individus les plus sensibles, en l'état des connaissances actuelles. 11 polluants de l'air intérieur ont fait l'objet d'une expertise de l'Anses sur les VGAI : le formaldéhyde, le monoxyde de carbone, le benzène, le naphtalène, le trichloroéthylène, le tétrachloroéthylène, les particules, l'acide cyanhydrique, de dioxyde d'azote, l'acroléine et l'acétaldéhyde. Pour le formaldéhyde, par exemple, l'agence propose une VGAI à court terme applicable sur deux heures de 50 μg.m-3 et une VGAI pour une exposition long terme à 10 μg.m-3. Le Haut Conseil de santé publique a également établi un certain nombre de valeurs repères d'aide à la gestion dans l'air des espaces clos, évolutives dans le temps. Ces valeurs sont établies sur la base des VGAI, mais en prenant en compte d'autres paramètres que les effets sanitaires : la faisabilité métrologique, la pertinence en termes de santé publique et les mesures de gestion existantes ou à développer pour être en capacité de les respecter. De telles valeurs existent actuellement pour le formaldéhyde, le naphtalène, le trichloroéthylène, le tétrachloroéthylène et les particules (PM10 et PM2,5).
 
Quelle démarche mettre en oeuvre pour préserver la qualité de l'air intérieur ?
 
Bruno Courtois : Toute démarche de prévention doit être envisagée le plus en amont possible, à savoir à la conception d'un bâtiment ou avant la réalisation de travaux de rénovation. Quatre grands principes doivent s'appliquer. En premier lieu, il convient de réduire les expositions à l'intérieur du bâtiment, en choisissant des matériaux de construction, de décoration et d'ameublement peu émissifs en COV. Il existe une réglementation sur l'étiquetage des produits de construction et de décoration (articles R. 221-22 à R. 221-28 du Code de l'environnement). Il faut également éliminer les sources d'humidité (fuites sur les réseaux d'eau et de chauffage, infiltrations en toiture, condensation...), car elles sont propices au développement de microorganismes qui affectent la qualité de l'air. Troisième point, la ventilation doit être suffisante afin d'évacuer les émissions provenant des personnes et des matériaux. Certaines activités particulièrement polluantes et préjudiciables à la qualité de l'air intérieur, telles que la reprographie, peuvent être placées dans des locaux dédiés avec une ventilation adaptée. Enfin, l'environnement intérieur doit être protégé de la pollution extérieure si nécessaire. À proximité d'un axe à fort trafic routier ou d'un site industriel, une ventilation mécanique à laquelle on aura adjoint un filtre va par exemple permettre de retenir les particules provenant de l'extérieur.
 
Laurence Robert : Le maintien d'une bonne qualité de l'air intérieur passe par deux champs d'action essentiels : la réduction des sources de pollution et une ventilation efficace. Cette ventilation doit respecter a minima les prescriptions du Code du travail, mais il est primordial d'être attentif à la localisation des bouches d'aération, des prises d'air neuf, ainsi que d'assurer une maintenance régulière du réseau pour s'assurer de son bon fonctionnement.
 
Que faire en cas de plaintes répétées de salariés qui laissent penser à une dégradation de la qualité de l'air intérieur ?
 
Laurence Robert : La première réaction à avoir est de prendre le temps d'analyser la situation et d'examiner un ensemble de facteurs qui peuvent être à l'origine d'une altération possible de l'air. Conduire cette démarche de diagnostic du bâtiment permet de mettre en évidence des sources d'émission diverses ou des dysfonctionnements d'équipements. Cette première étape peut aiguiller les préventeurs vers des pistes d'action. Y apporter une solution permettra dans la plupart des cas d'améliorer sensiblement la QAI. Si le problème n'est pas résolu, il est conseillé de faire appel aux Centres de mesures physiques ou aux laboratoires de chimie des Carsat/Cramif/CGSS qui peuvent fournir une prestation de conseil et, quand la situation le nécessite, réaliser des mesures et des prélèvements d'air. D'autres partenaires peuvent également apporter une aide. Ce sont en particulier les conseillers médicaux en environnement intérieur, qui sont plus particulièrement compétents dans la prévention des allergies respiratoires.
 
Dossier
Les interventions de la journée technique « Qualité de l'air intérieur » organisée par l'INRS le 12 décembre 2017
 
Site web
L'Observatoire de la Qualité de l'air intérieur
 
Dossier HST
« Travailler dans un bureau : des risques à ne pas sous-estimer »
 
Article
Les valeurs guides de l'air intérieur (VGAI)
 
La tettre d’information de l’INRS – févirer 2018
 
 
 
 
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