Indicateurs en santé travail : les troubles musculo-squelettiques du membre supérieur en France

 

01 Avril2015

Indicateurs en santé travail : les troubles musculo-squelettiques du membre supérieur en France
Pour l'édition de son troisième ouvrage consacré aux indicateurs de santé, l’Institut de veille sanitaire (InVS) s'est intéressé aux troubles musculo-squelettiques (TMS) du membre supérieur. Dans ce document, le lecteur trouvera des données sur leur fréquence en termes de prévalence et d’incidence, ainsi que sur la fréquence des expositions aux principaux facteurs de risque connus, selon le sexe, l’âge, les catégories professionnelles et les grands secteurs d’activité.


Le Département santé travail (DST) de l’Institut de veille sanitaire (InVS) a mis en place en 2009 un programme de production d’indicateurs destinés, à partir de différentes sources, à rendre compte à l’échelle nationale de la situation concernant des problèmes de santé en relation avec l’environnement professionnel, des conditions de travail et des expositions, ainsi que de leur évolution au cours du temps. Ce document, troisième de cette série, porte sur les troubles musculosquelettiques (TMS) du membre supérieur (TMSms).

Contraintes psychosociales et organisationnelles. Les TMS recouvrent un large ensemble d’affections péri-articulaires qui touchent les tissus mous (muscles, tendons, nerfs, vaisseaux, cartilages) et se traduisent principalement par des douleurs et une gêne fonctionnelle souvent quotidiennes. Leur gravité est liée à leurs conséquences médicales, du fait d’une chronicisation fréquente, et professionnelles, car source d’inaptitude au poste de travail. Les TMS représentent aujourd’hui une des questions les plus préoccupantes en santé au travail, en France comme en Europe. Outre les facteurs individuels (âge, sexe, diabète...), deux grands types de facteurs professionnels jouent un rôle dans la survenue des TMS : les facteurs biomécaniques (efforts statiques, mouvements en force, postures extrêmes, répétitivité des gestes élevée, vibrations...) et les contraintes psychosociales et organisationnelles (forte demande psychologique, faible soutien social, faible latitude décisionnelle, contraintes de rythme...).

Epaule. Dans l’ensemble des résultats présentés, les taux (de prévalence ou d’incidence) de TMSms augmentent avec l’âge, quels que soient le sexe et la localisation. Les TMSms les plus fréquemment diagnostiqués par les médecins du travail sont les TMS de l’épaule, devant le syndrome du canal carpien (SCC) au poignet, suivi de près par les TMS du coude. En 2011, le taux de prévalence des TMSms imputables au travail d’après les médecins du travail était de 1,8 % chez les hommes et de 1,2 % chez les femmes. Entre 2006 et 2012, une tendance à l’augmentation est observée, surtout du fait de l’augmentation des TMS de l’épaule. Le taux d’incidence du SCC opéré (imputable au travail ou non) au travail ou non) est de 3,7 ‰ chez les femmes et de 1,6 ‰ chez les hommes, avec de larges variations selon les régions. Ainsi, il est plus important dans les régions du quart nord-est de la France, suivies par les régions de la côte Atlantique. Les secteurs d’activité les plus concernés par les TMSms sont l’agriculture et les industries pour les deux sexes et la construction chez les hommes. Les ouvriers, qualifiés ou non qualifiés, sont les catégories socioprofessionnelles les plus touchées par les TMSms.

Répétitivité élevée. L’existence de symptômes musculo-squelettiques et de TMSms a un impact sur le devenir professionnel et dans les sorties prématurées de l’activité professionnelle. En effet, par rapport aux salariés asymptomatiques, les salariés présentant un TMSms diagnostiqué sont, plusieurs années après, deux fois plus souvent sortis de l’activité professionnelle et trois fois plus souvent en invalidité. Une part importante des salariés est exposée au cumul de trois types d'exposition biomécanique : travail en force, postures pénibles et répétitivité élevée (15% des femmes et 14% des hommes). Dans l’ensemble, les plus jeunes (20-29 ans) sont les plus exposés. Un homme sur deux de cette tranche d’âge est exposé à l’association posture pénible/travail en force. Les femmes sont davantage concernées par une répétitivité élevée des tâches et les hommes par le travail en force.

Différences de prévisibilité selon les sexes. Quel que soit le sexe, on observe un gradient selon la catégorie socioprofessionnelle : les ouvriers non qualifiés et les employés de commerce sont les plus touchés par le cumul des expositions. Les cadres et professions intellectuelles supérieures sont les moins touchés. Les facteurs prédictifs de douleurs ou de TMS de l’épaule sont différenciés selon le sexe. Chez les hommes, il s’agit surtout des facteurs physiques physiques et du faible soutien social de collègues. Chez les femmes, on retrouve les facteurs physiques mais aussi des contraintes organisationnelles et des facteurs individuels tels que l’obésité. Concernant le SCC, pour les hommes, le fait de faire des heures supplémentaires, d’utiliser des outils à main vibrants, d’être exposés au froid et au faible soutien de leur hiérarchie est prédictif de développer un SCC plusieurs années après. Pour les femmes, les facteurs prédictifs de SCC sont plus souvent d’ordre organisationnel.

De 1997 à 2012 : 6 fois plus de TMSms. Les TMSms représentent une part prépondérante des MP indemnisées : sur la période 1997-2012, en moyenne 70 % pour le RGSS et plus de 80 % pour le régime des salariés agricoles. Le nombre de TMSms indemnisés a été multiplié par six entre 1997 et 2012 au RGSS et par trois entre 1997 et 2010 au régime des salariés agricoles. Les TMS constituaient également la première cause de journées de travail perdues du fait des arrêts de travail, avec la perte, en 2011, de neuf millions de journées de travail, soit 84 % du total des journées d’incapacité temporaire consécutives aux MP. La part des TMSms dans l’ensemble des MP indemnisées par le RGSS est plus élevée chez les femmes que chez les hommes.

Bien que le SCC occupe la première place dans les données de réparation du RGSS, les TMS de l’épaule occupent la première place en fréquence des TMSms signalés en maladies à caractère professionnel (MCP) et dans le réseau de surveillance des TMS des Pays de la Loire. On observe néanmoins ces dernières années dans les données de réparation, une croissance plus rapide des TMS de l’épaule que des autres TMSms. Toutefois, il est à souligner que la récente modification du tableau 57A du RGSS (concernant la définition des pathologies de l’épaule prises en charge au titre d’une MP) va rendre difficile le suivi de cet indicateur de réparation.

Plus de 40% de sous-déclarations. Deux systèmes de surveillance mis en place au DST de l’InVS ont permis, par des approches différentes, d’estimer le taux de sous-déclaration en maladie professionnelle et de confirmer l’ampleur de la sous-déclaration des TMS du membre supérieur. À partir du réseau de surveillance des TMS en Pays de la Loire, le taux de sous-déclaration du SCC est estimé à 42% chez les hommes et à 44 % chez les femmes. À partir du programme de surveillance des MCP, il est estimé à 64 % chez les hommes et à 56 % chez les femmes.

Enfin, ce document permet de mettre en parallèle les principaux indicateurs épidémiologiques disponibles sur les TMS en lien avec le travail, à savoir des indicateurs sur l’exposition, l’impact sur la santé et la réparation. De telles données sont nécessaires pour l’orientation de programmes de prévention efficaces du risque de TMS nécessitant la mobilisation de l’ensemble des acteurs de l’entreprise, non seulement le Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) et le Service de santé au travail (SST), mais aussi le chef d’entreprise, qui en a la responsabilité (Code du Travail, article L4121-1), et l’encadrement, ainsi que les travailleurs eux-mêmes.

Erick Haehnsen

Auteurs : Institut de veille sanitaire (InVS), Département santé travail (DST) : Julien Brière1, Natacha Fouquet, Catherine Ha1, Ellen Imbernon, Julie Plaine1, Stéphanie Rivière1, Madeleine Valenty1 LUNAM Université, université d’Angers, Laboratoire d’ergonomie et d’épidémiologie en santé au travail (LEEST) : Natacha Fouquet, Yves Roquelaure

www.info.expoprotection.com 09/03/15

 
 
 
 
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