EXOSQUELETTE, Vers un homme décuplé ?

 

01 Février2016

DANS LES ANNÉES 1950, certains les avaient rêvés. Mais ce n’est que très récemment que les premiers prototypes d’exosquelettes ont été testés… non sans susciter de très nombreuses questions, notamment sur la santé et la sécurité des utilisateurs.

Il est là, devant nous. Et il fait son petit effet. Devant une salle comble qui réunit à Montpellier le club TMS, animé par la Carsat Languedoc- Roussillon, la jeune entreprise RB3D, spécialisée dans les robots collaboratifs d’assistance, est venue présenter son dernier prototype. Certes, la démarche de la personne qui l’a enfilé est un peu saccadée, pas loin de celle des… robots ! Mais il ne faut pas s’y fier, assure Aurélie Baptiste, chef de projet chez RB3D : « Quand je le porte, je me sens naturelle, ce n’est que lorsque je me vois filmée que je m’aperçois que j’ai cette drôle de démarche. »

L’entreprise de travaux publics Colas Suisse est venue apporter son témoignage : c’est avec elle qu’est actuellement développé l’engin apporté par RB3D. « Nous étions préoccupés par le métier de tireur à râteau 1, explique Pierre Bornet, directeur qualité, sécurité, environnement de Colas Suisse. En effet, nous nous sommes aperçus de deux choses : d’une part, c’est un métier qui existe depuis plus de 70 ans et qui n’a jamais évolué, les photos en attestent. Et d’autre part, aucun tireur à râteau ne termine sa carrière à ce poste. » Des études, présentées par Colas, confirment la pénibilité de ce métier : lorsque l’opérateur travaille, la moyenne de ses pulsations cardiaques atteint 130 par minute.

Accompagner l’effort

En 2009, Colas s’interroge sur la façon dont la société pourrait soulager les agents exerçant ce métier et se rapproche, deux ans plus tard, de RB3D. « Dès les premiers jours, l’équipe d’enrobés a été associée à la réflexion : les mouvements et les efforts des tireurs à râteau ont été analysés. L’objectif était bien de partir du travail réel », précise Pierre Bornet. Une étape indispensable qui doit se poursuivre tout au long du développement. « Je n’ai pas de réponse toute faite, explique Jean- Jacques Atain-Kouadio, ergonome à l’INRS. Mais il faut se poser les bonnes questions. Avec tout d’abord une analyse préalable du travail, puis une mise en débat avec une intégration des dimensions physiques et cognitives. Ensuite, pendant toute la phase de développement de l’exosquelette, il est important que les personnes qui le conçoivent échangent, testent, rectifient, en étroite collaboration avec les futurs utilisateurs. » Parmi les très nombreuses questions soulevées par l’expert, citons : y a-t-il une possibilité d’interprétation erronée de la part du robot ? ; y a-t-il une augmentation de la charge mentale pour l’opérateur ? ; que devient l’expertise de l’opérateur ?

Pour l’heure, l’exosquelette présenté au club TMS de la Carsat Languedoc-Roussillon a été testé en septembre 2014 pour la première fois par Colas, sur un chantier d’enrobés à Genève. Dénommé Hercule, il pèse 32 kg. Mais le report du poids se faisant sur le sol, l’opérateur ne « porterait » que deux à trois kg, au niveau de la ceinture. Doté d’une batterie d’une autonomie de quatre heures, il permet à la fois d’accompagner l’opérateur dans l’effort du travail au râteau et de porter des charges de moins de 40 kg grace à une tablette qui équipe l’engin. « Nous avons mis les opérateurs au cœur du projet, souligne Pierre Bornet. Et l’exosquelette a été bien accepté : personne n’a eu peur de le porter… mieux, les opérateurs en étaient fiers. »

Le prototype n’en est qu’à sa troisième version, encore loin de la phase de commercialisation.

Colas Suisse espère que, en 2019, toutes ses équipes d’enrobés en seront dotées.

« C’est un sujet très en vogue à l’heure actuelle et une course aux brevets est en cours », souligne Jean-Jacques Atain- Kouadio. Car les secteurs intéressés sont nombreux. Pour n’en citer que quelques-uns, les secteurs militaire (port de sac à dos), industriel (ex. BTP, logistique), de la santé (ex. rééducation), etc. Ainsi, après le fordisme et le lean manufacturing, certains voient dans les exosquelettes une nouvelle révolution dans le travail… mais elle ne pourra pas se faire sans l’opérateur.

1. Une équipe d’enrobés comprend huit personnes, dont deux tireurs à râteau qui étalent l’enrobé.

D. V.

TROIS QUESTIONS À…

Jean-Jacques Atain-Kouadio, ergonome à l’INRS

Comment peut-on définir un robot d’assistance physique à contention ?

Il s’agit d’un robot qui est porté par l’utilisateur et l’accompagne pour l’aider à se mouvoir et réaliser son activité, en complétant ses capacités. Il en existe trois grands types : pour la partie basse du corps (c’est celui qui nous a été présenté par RB3D et Colas Suisse, et c’est d’ailleurs ce type de robots qui se rencontreront certainement le plus souvent, dans le futur, en entreprise), pour la partie haute du corps et, enfin, pour l’ensemble du corps.

Quels sont les risques liés à l’utilisation de ces robots d’assistance physique à contention ?

Ce sont tout d’abord les mêmes que pour les cobots (NDLR : lire l’encadré page précédente), à savoir les risques mécaniques dus à la proximité entre l’homme et le dispositif, les risques dus aux mouvements contraints. Auxquels il faut ajouter des risques plus spécifiques comme le fait que l’homme est attaché au robot – il y a une liaison particulière entre eux – et donc il n’y a pas de possibilité d’évitement. On peut aussi relever des risques d’allergies dus aux contacts de l’exosquelette avec la peau. On s’interroge également sur les risques de fonte musculaire, quand il y a une assistance musculaire sur de longues périodes.  Enfin, quid de la chute de plain-pied et de hauteur, en cas de déséquilibre causé par l’exosquelette ? Il ne faut pas non plus écarter la possibilité d’un déplacement du problème TMS.

Beaucoup d’entreprises s’intéressent aux exosquelettes, et plus généralement aux robots d’assistance physique. Quel est votre point de vue sur le sujet ?

Je n’ai pas de point de vue a priori. Ce que je peux dire, c’est qu’en effet, ce sujet intéresse de nombreuses entreprises et que les éléments présentés témoignent de la complexité du sujet et plaident pour une prise en compte globale des questions de santé et de sécurité, à travers l’interaction homme-robot d’assistance physique. L’évaluation de l’apport réel en termes d’amélioration des conditions de travail reste une question ouverte à ce jour. En effet, à travers la revue de la littérature, on trouve très peu d’études permettant d’avoir une évaluation scientifique des répercussions en matière de santé et de sécurité de l’utilisation des robots d’assistance physique. Il est indispensable d’évaluer assez rapidement les effets négatifs et positifs de leur mise en œuvre.

Travail & Sécurité – décembre 2015

 
 
 
 
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