De l’utilité de l’ergonomie dans une démarche QVT

 

01 Septembre2018

Quelles contributions l’ergonomie peut apporter pour une meilleure qualité de vie au travail ? Eléments de réponses avec les experts de JLO, afin de comprendre l’articulation entre les modalités d’action pour et sur le travail et la perception, en termes de santé et de performance, qui en découle pour les opérateurs (1).

 
Le travail et les rapports des opérateurs à celui-ci est le point central de toute démarche QVT et l’objet principal de l’ergonomie. Le recours à l’ergonomie pour sa prise en compte effective peut participer à construire du sens pour et dans leurs actions.
Selon l’International Ergonomics Association (IEA), « L’ergonomie (ou Human Factors) est la discipline scientifique qui vise la compréhension fondamentale des interactions entre les humains et les autres composantes d’un système […]. Les ergonomes contribuent  à la planification, la conception et l’évaluation des tâches, des emplois, des produits, des organisations, des environnements et des systèmes en vue de les rendre compatibles avec les besoins, les capacités et les limites des personnes ». L’ergonomie intègre donc un corpus de connaissance transversales et spécifiques dont l’objectif premier est de rechercher à mettre en œuvre « des conditions qui non seulement évitent la dégradation de la santé, mais aussi favorisent la construction de la santé ». (2)
Il existe plusieurs points de convergence entre ergonomie et QVT. Le premier d’entre eux se situe au niveau de la prise en compte des aspects de l’organisation du travail conduisant à des conditions de réalisation qui, in fine, pourraient avoir des impacts potentiels sur la santé et la performance : les conditions de travail, la prévention primaire, le développement des compétences, la qualité du travail, l’épanouissement physique, psychique et intellectuel des individus, entre autres. Mais nous retiendrons surtout la notion commune qui est celle de considérer la place centrale de l’opérateur, dans toutes ses dimensions, dans les discussions et les décisions sur le travail. Mettre en œuvre des conditions de travail favorables supposerait alors de permettre à l’opérateur d’« exercer une influence sur son milieu, de façon à produire des résultats dans lesquels il ou elle puisse reconnaître quelque chose de lui-même ou d’elle-même ». (3)
 
Des écarts entre le prescrit et le réel à l’intégration des connaissances des opérateurs
 
Pour l’ergonomie, durant son travail, l’opérateur cherche sans cesse à trouver des compromis acceptables entre ce qui est attendu de lui et la mobilisation des ressources dont il dispose pour y parvenir. Nous retrouvons ainsi un concept fondateur de l’ergonomie francophone : la différence en la tâche (le prescrit) et l’activité (le réel), la tâche étant l’ensemble des buts à atteindre dans les conditions définies par l’organisation et l’activité étant l’intégralité des modes d’engagement individuels et collectifs pour réaliser cette tâche.
C’est précisément face aux variabilités de toute activité et aux difficultés et empêchements d’accomplir ses tâches que le travail peut être source d’atteinte à la santé. L’approche ergonomique, dans son action sur le travail, cherche à favoriser la confrontation des différentes logiques existant au sein des situations de travail, de manière à ce que les connaissances des concepteurs se croisent avec celles des opérateurs. Il s’agit alors de concevoir ou de reconcevoir des situations de travail en y intégrant des réponses techniques, spatiales et organisationnelles qui permettent aux opérateurs de disposer de marges de manœuvre suffisantes pour bien faire leur travail, à un coût humain acceptable, et pour développer leurs compétences et contribuer au développement du système lui-même.
 
La méthodologie et les outils de l’ergonomie
 
L’objet du travail de l’ergonome est l’activité réelle des opérateurs, et son outil principal est l’analyse de l’activité en situation réelle. Pour ce faire, l’ergonome fait principalement appel à des observations de l’activité et à des entretiens, de manière à pouvoir identifier les principaux déterminants qui façonnent et influencent la réalisation des tâches et qui déterminent les modes d’engagement physique et psychique des opérateurs. L’ergonome s’intéresse ainsi en premier lieu aux mouvements, gestes, positions du corps mais également aux processus cognitifs à l’origine des actions observées. Il fait également appel à d’autres outils, comme par exemple l’analyse d’enregistrements vidéo de l’activité avec les opérateurs, de manière à identifier les aspects non observables de l’activité (processus de raisonnement, règles de métier, stratégies opératoires, fonctionnement collectif…).
Rappelons que l’objectif principal de l’ergonomie est de concevoir des situations de travail acceptables du point de vue de la santé et de la performance. Son action en conception s’alimente ainsi de ses connaissances du travail réel, l’objectif étant d’anticiper les conditions d’exécution du travail au travers des déterminants qu’il aura identifiés comme impactant négativement la réalisation du travail. Dans ce cadre, l’ergonome peut alors mettre en place des simulations de l’activité future, qui pourront prendre différentes formes selon la situation à transformer, mais qui auront pour objectif, au travers de la construction de différents scénarii, de réduire les incertitudes liées à une situation de travail encore inexistante.
L’approche ergonomique peut comprendre également une partie méthodologique relative à la conduite-même du processus d’analyse et de transformation des situations de travail. Il s’agit donc ici d’analyser le fonctionnement macro spécifique à l’entreprise et de construire et mettre en place, avec les acteurs internes et externes qui auront été identifiés, une dynamique sociale autour des problématiques relevées lors de l’analyse de l’activité et dont la résolution interpelle différentes logiques (techniques, financières, politiques, productives, médicales…).
 
Mobiliser les moyens nécessaires
 
Suivant la demande et le degré de maturité de l’entreprise sur les sujets de santé au travail, l’approche ergonomique peut ainsi se situer à différents niveaux, entre l’opérationnel et le stratégique. Elle peut produire différents livrables, du diagnostic à la définition de cahiers des charges techniques, en passant par des préconisations et recommandations et par la construction de plan d’actions. L’ergonome peut agir en correction ou en conception, mais aussi comme un acteur à associer dans la définition de politiques de santé et de prévention des risques au sein des organisations.
Promouvoir les conditions de discussion et de débat sur ce que représente la qualité pour les opérateurs (et introduire et instruire dans le quotidien les « conflits de critères », selon Yves Clot) est un premier pas vers la valorisation de leur compétence et savoir-faire, vers la prise en compte des connaissances nécessaires à toute organisation pour faire face aux aléas et variabilités et pour s’adapter à l’évolution des contextes sans compromettre la santé de ses effectifs et de ses résultats.
Sous cette optique et dans le cadre d’une démarche structurée de promotion de la QVT, l’ergonomie serait un levier de performance sociale et économique. Mais encore faut-il que les décideurs et concepteurs du travail prévoient des ressources dédiées suffisantes pour mener et promouvoir une démarche adaptée au contexte spécifique de l’entreprise et de l’intervention, où les objectifs, méthodes et livrables puissent être débattus, revus et leur évolution au cours de la mise en œuvre puisse être envisagée. Bref, que toutes les parties prenantes puisse « prendre soin » des situations de travail pour permettre aux opérateurs de faire du « travail de qualité ».
 
1. Le terme « opérateur » est utilisé dans ce texte pour désigner toute personne exerçant une activité professionnelle.
 
2. FALZON, Pierre. Des objectifs de l’ergonomie. L’ergonomie en quête de ses principes, 1996, p. 233-242
 
3. DANIELLOU, François. De l’activité du travailleur à l’action de l’ergonome. In : Congrès de la Société d’ergonomie de langue française 2013 : Ergonomie et société, quelles questions, quelles réponse ?. 2013
 
Léonard Gonin
Workplace Magazine – mai 2018
 
 
 
 
> Voir toutes les actualités
 

Contactez-nous

Marjorie Dumont-Crisolago

Présidente en charge de la direction commerciale et marketing
Email : md@preventech.net

Laura Gaspard

Chargée de communication
Email : lg@preventech.net

PREVENTECH CONSULTING

4 cité Paradis
75010 Paris

01 44 09 70 44

Contactez-nous

Marjorie Dumont-Crisolago

Présidente en charge de la direction commerciale et marketing
Email : md@preventech.net

Laura Gaspard

Chargée de communication
Email : lg@preventech.net

PREVENTECH CONSULTING

4 cité Paradis
75010 Paris

01 44 09 70 44